La Radio Libre Kayira

Le crime contre l’Homme en Afrique se nomme profit capitaliste

mardi 22 février 2005

Par Thiécoura Goïta

Les Afriques Contemporaines, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, sont insérées dans les mécanismes mondiaux du capitalisme. Les maîtres des grandes puissances occidentales, par le biais notamment des grandes organisations internationales qu’ils contrôlent (FMI, Banque Mondiale, Conseil de sécurité de l’ONU, etc.), exercent une surveillance quotidienne sur les États d’Afrique. Leur credo : maintenir le continent africain et ses peuples dans le carcan de la dette et s’assurer le contrôle de ses ressources naturelles, au point que toute pratique indépendante soit un rêve pour eux, un mirage.

Les récents diagnostiques de la Banque Mondiale sont sans appel en ce qui concerne l’Afrique. Malgré une timide progression des exportations de matières premières et des accords de réduction de dettes, la situation des pays d’Afrique Subsaharienne a continué à se détériorer. Leur dette représente en moyenne 170% de leurs exportations (1000% au Mozambique, 600% en Côte d’Ivoire). Selon les tables de la dette publiées par la Banque Mondiale, sur les quarante pays lourdement endettés, trente-trois sont en Afrique Subsaharienne. Ces chiffres, tristement éloquents, démontrent sans ambiguïté que la dette, plus qu’une source de profit, est une arme politique sophistiquée entre les mains des grandes puissances financières et politiques. Cette arme permet d’imposer aux gouvernements africains les plans d’ajustement structurel, c’est-à-dire de contrôler de contrôler leurs orientations politiques, économiques et sociales : austérité pour les services publics et privatisation des richesses. Dans cet univers régulé par les lois du marché mondial, où l’on investit qu’en fonction du profit escompté, en Afrique utile selon la terminologie des financiers, le réseau des intérêts capitalistes a ses relais locaux, imprégnés du credo libéral, aptes à le propager et à le faire respecter par les populations qui en souffrent, émergeant aux profits qui découlent du système. Le régime du Général Eyadama au Togo, maintenu grâce à l’appui français et à l’issue d’une répression sans pitié, est l’un des sinistres bastions de ce système.

Une nouvelle génération de dirigeants africains, dévoués au capitalisme mondial et local, se met en place. Ce sont les technocrates beaux parleurs, formés de corps et d’esprits par le FMI et la Banque Mondiale, et qui ne cessent de vanter les vertus du pluralisme, confondus par eux avec la démocratie et les lois du sacro-saint marché mondial. Nicephor Soglo était de ceux-là, que le peuple du Bénin a remercié, après avoir constaté qu’il n’avait qu’aggravé sa pauvreté. N’entrons pas dans les détails des massacres collectifs perpétrés sur le continent au nom du capital financier international. À cet exercice on a peu de chances de s’en sortir tant le tableau est un labyrinthe.

Reconnaissons simplement que le capitalisme, plus directement encore en Afrique, est responsable des conséquences dramatiques qui relèvent du crime quotidien : pauvreté massive, déliquescence des services publics les plus élémentaires, analphabétisme croissant depuis plus d’une décennie, chômage majoritaire dans les centres urbains qui clochardisent. C’est le lot commun de la majorité des États soumis à la loi d’airain de l’endettement et des plans d’ajustement structurel qui leur interdisent tout développement endogène. Certaines des plaies de l’Afrique, qui passent souvent pour ses attributs exclusifs dans les images simplistes délivrées par les télévisions Occidentales, sont le fruit direct des rapports Nord-Sud dans le cadre du capitalisme mondial et africain. Au premier rang de ses attributs nous avons la corruption. Elle gangrène la gestion de la plupart des États africains et les mœurs de nombreux dirigeants politiques et administratifs.

Les États occidentaux et les sociétés privées qui se disputent les marchés africains avec leur couteau de bouchers sont des corrupteurs : la distribution de cadeaux à peine occultes, pour eux minimes en fonction des enjeux, leur permet de s’assurer une clientèle politique et des affaires juteuses.

Ensuite la faim, devenue, dans notre univers médiatisé jusqu’à outrance, un symbole du continent noir. Qui n’a pas en mémoire ces images d’enfants ballonnés, de foule se disputant le sac de riz salvateur apporté par de généreux mécènes ? La famine en Afrique n’est que contingente, et pour cause : elle se produit sur fond de difficultés quand la société est perturbée par un conflit armé qui interdit semences et récoltes, transport et conservation de nourriture. Or ces conflits sont liés intrinsèquement aux armes vendues partout en Afrique aux divers belligérants, gouvernements ou groupes armés par les trafiquants de tous poils, au premier rang desquels des États comme les USA et la France, gros producteurs d’engins de mort de tout genre.

Et curieusement, a-t-on remarqué, les plans d’ajustement structurels imposés aux États africains par le FMI, exigeaient une réduction drastique des dépenses de santé et d’éducation, mais jamais d’équipement militaire. Il a bien su financer en 1997 les milices qui prirent le pouvoir à Brazzaville au prix de quelque 10 000 morts. Le vrai crime contre l’homme en Afrique se nomme profit capitaliste parce que générateur de tous les maux dont souffre et continuera à souffrir le continent africain.


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