Projet « Bonne Gouvernance »
samedi 20 juin 2009
La démocratie malienne et ses faiblesses passées au crible
Après le processus électoral, la corruption et la fraude électorale, la privatisation des entreprises et sociétés d’Etat, le projet « Bonne gouvernance », initié par la Fondation Rosa Luxemburg et le Réseau de communication « Kayira » vient de planter les débats autour des enjeux de la démocratie dans notre pays. L’exercice d’échanges de trois heures d’horloge a permis aux participants d’engager la réflexion sur ses forces et ses faiblesses.
Samedi 29 mai 2009 sur la « Place des martyrs », dont le monument est peint aux couleurs du drapeau malien, plus de 200 participants venus des localités environnantes de Niono prennent d’assaut les lieux. Des coups de fusils retentissent et accompagnent les pas de danse des troupes folkloriques. La scène avait toute l’atmosphère de grands jours. Ce jour, il s’agissait de la visite d’une forte délégation du projet « Bonne gouvernance », conduite par le directeur général du réseau de communication « Kayira », Dr Oumar Mariko, pour la tenue d’une conférence débats autour du thème : « La Démocratie : un pouvoir citoyen ». Pour les responsables du projet, le choix de Niono n’est nullement fortuit. A les en croire, cette localité constitue véritablement le modèle réussi de la démocratie et de l’expression du choix des populations pour leurs représentants.
Le conférencier, M. Samba Ibrahim Tembély (non moins coordinateur du parti SADI en commune I), définit la démocratie de façon générale comme un régime politique fondé sur la souveraineté des citoyens élisant librement leurs représentants. Ce régime, explique-t-il, se veut alors un Etat obéissant aux principes du régime représentatif, dont le système est fondé sur la liberté et l’égalité de chacun. En clair, si l’on en croire au conférencier, cette définition corrobore avec la thèse selon laquelle, « la démocratie est le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple ». Selon M. Tembély, cet état de fait confère aux citoyens un pouvoir et une responsabilité face à leur destinée. Cela non seulement dans le choix des hommes, mais également dans le contrôle de la gestion des affaires par les représentants.
Selon M. Samba Ibrahim Tembély, si cette formule de gestion du pouvoir a toujours existé dans notre pays, le modèle sur lequel celui-ci, et beaucoup de pays africains se sont calqués, a été importé. Il définit le mode de fonctionnement des institutions de la République, le choix des représentants à travers les urnes, comme l’élection du président de la république, des députés et des conseillers municipaux des 703 communes du pays et des conseils de cercle. Selon le conférencier, la démocratie garantit aux citoyens les libertés fondamentales, conformément à l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Pour M. Tembély, le Mali, qui amorcé son processus démocratique après les évènements de mars 1991, a une démocratie à la croisée des chemins. Dix sept années après, quelles leçons peut-on tirer de l’expérience malienne en matière de démocratie ? Pour le conférencier, si des acquis sont indéniables, forte est de reconnaître que de nombreuses insuffisances demeurent. Car, de jours l’injustice, le manque d’accès aux soins de santé et autres services socio sanitaires de base, à l’éducation, à l’emploi, etc, restent encore de sérieux défis à relever dans notre pays. « Une démocratie est inachevée tant que ces aspects, qui constituent des droits reconnus par la Constitution pour le citoyen, ne sont pas pris en compte » a martelé le coordinateur du parti SADI en commune I. Pire, poursuit le conférencier, dans beaucoup de localités du pays, la corruption et fraude généralisées pendant les élections, empêchent les citoyens de choisir librement leurs représentants.
Abondant dans la même dynamique, l’autre conférencier, M. Mohamed Ag Akératane, a regretté qu’encore au Mali les élections ne puissent pas refléter l’expression du peuple. « Dans notre processus démocratique, le pouvoir de l’argent et les méthodes frauduleuses pendant le processus de vote, ont pris le pas sur les principes fondamentaux de la démocratie » a déploré le M. AG, non moins secrétaire administratif du parti SADI. Pour le conférencier, les partis politiques et l’administration de l’Etat occupent une grande part de responsabilité dans cet état de fait.
Par ailleurs, au cours de son intervention, M. Mohamed Ag a surtout mis l’accent sur la séparation des pouvoirs exigée à tout régime démocratique. Il s’agit notamment du pouvoir exécutif (le gouvernement), le pouvoir législatif (l’Assemblée nationale) et le pouvoir judicaire qui concerne par la Cour constitutionnelle.
Parlant du rôle de l’opposition dans un système de démocratie, le secrétaire administratif du parti SADI, a révélé que contrairement à une certaine opinion, celle-ci n’a pas pour but de s’opposer pour le plaisir de s’opposer. Mais elle a pour mission, le contrôle de l’action gouvernementale. Toute chose qui lui confère un rôle de premier plan dans la réussite de la démocratie. Malheureusement, regrette-t-il, le mépris du gouvernement et de la majorité rend cette mission complexe pour l’opposition dans le contexte malien.
Quant au troisième conférencier, il s’est appesanti surtout la nécessité pour les populations de participer au processus des élections et à la gestion des affaires publiques. « La démocratie est faite pour vous. Vous devez vous y impliquer. Car, ce qui se fait sans vous, se fait contre vous » a lancé M. Sékou Diarra, secrétaire aux relations extérieures du parti SADI.
Profitant de la tribune de cette conférence débats, le directeur général du réseau de communication, Dr Oumar Mariko, non moins secrétaire général du parti SADI, a lancé un appel pressant aux 51 conseillers communaux de sa formation politique dans le cercle de Niono. Pour lui, leur mandat doit s’inscrire dans la dynamique d’une réponse aux préoccupations des populations de lors localités respectives et des orientations du parti. « Vous ne devez œuvrer que pour servir vos communes, et défendre les libertés individuelles de vos électeurs. C’est en cela que vous aurez rempli votre contrat de conseillers municipaux au service de leurs collectivités » a martelé le secrétaire général du parti SADI.
Issa Fakaba SISSOKO
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