La Radio Libre Kayira

Réaction du Parti SADI au rapport du Forum National sur l’Education

vendredi 6 février 2009

Le parti SADI confirme sa position à l’égard du Forum National sur l’Education qui n’a pas permit de faire émerger de nouvelles informations : les problèmes listés sont connus de tous et les propositions faites ont déjà été exprimées dans le cadre de diverses rencontres. Mais comme cela était prévisible dans le cadre de ce type de forum, les problèmes liés au pilotage politique tant au niveau global qu’au niveau des ministères ayant en charge les questions éducatives n’ont pas pu être abordé.

Ainsi, un préalable important a été occulté : la reconnaissance des richesses du pays et par conséquence la mauvaise gestion de celles-ci puisque l’Etat ne parvient pas à mettre à disposition du système éducatif les ressources financières nécessaire à son efficacité. L’impossibilité de trouver l’argent nécessaire au financement de l’éducation est avant le résultat d’un choix budgétaire donc d’une volonté politique.

En effet, le Mali dispose d’importantes ressources naturelles, qui, si elles sont bien gérées peuvent permettre de prendre en charge nos services sociaux dont l’école. Un pays qui dispose de mines d’or, des milliers de kilomètres de fleuve et des terres fertiles, n’est pas pauvre. L’Etat a donc les moyens d’appliquer de nombreuses propositions même s’il utilise toujours l’argument de l’absence de ressources pour ne pas le faire alors qu’en réalité c’est un problème de gestion, une mauvaise gestion qui profite aux seuls gestionnaires.

La mauvaise gestion cachée sous un discours de pauvreté implique comme condition première pour sortir l’école de la crise par une présentation transparente de toutes les dépenses. La diffusion orale et écrite de la liste des infrastructures, dotations et autres achats effectués en spécifiant à quels établissements scolaires publics et privés ils ont été destinés. Les budgets, rendus publics doivent présenter les quantités et les coûts unitaires (nombre de livres, nombre de cahiers, nombre d’enseignants) des achats et pas seulement les coûts globaux comme cela est fait actuellement. Aujourd’hui aucun document budgétaire public ne précise la quantité des biens achetés et leur destination vers des écoles clairement identifiées et nommées afin que les parents et élus puissent vérifier et confirmer leurs obtentions. La diffusion de toutes ces informations à travers les médias publics et communautaires permettra d’instaurer un contrôle populaire ce qui s’avère indispensable dans ce contexte de mauvaise gestion.

Si les instances de pilotage et les administrations scolaires centrales des deux ministères ayant en charge les questions éducatives sont assainies en sanctionnant et excluant les mauvais éléments et en se concentrant sur leurs missions premières de conception, de suivi et de contrôle cela se répercutera à tous les niveaux du système éducatif : les services déconcentrés et les enseignants.

Le rapport du forum national sur l’éducation fait essentiellement référence à des défaillances de l’administration scolaire au niveau du secondaire et du supérieur alors que l’éducation de base est tout autant concernée comme en témoigne le rapport du vérificateur général dont les éléments auraient pût être intégrés dans le rapport du forum sur l’éducation en guise d’état des lieux.

Mais le problème majeur ne vient pas seulement de l’administration mais surtout du niveau politique qui décide des orientations et de contrôle de leurs exécutions. Ainsi, la proposition des participants du forum de mettre en place un comité chargé du suivi des recommandations est un véritable désaveu à l’égard des ministres et leurs cabinets ayant en charge les questions éducatives. En effet, cette mission est normalement celle des ministres et de leurs cabinets mandatés par le premier ministre. Si les participants jugent qu’ils n’en sont pas capables leurs participations au sein du gouvernement doivent être remises en cause.

Le pilotage du système est sans aucun doute l’élément essentiel sur lequel il faut agir. Le parti SADI souhaite également que des décisions concrètes soient prises en faveur de l’utilisation des langues nationales dans le système éducatif, l’orientation des titulaires du DEF avec la promotion des filières techniques et scientifiques du niveau secondaire à celui d’ingénieur et la suppression des orientations dans les lycées privés.

Le parti SADI considère que tous les élèves ayant le niveau scolaire requis doivent pouvoir poursuivre leur scolarité prioritairement dans les lycées techniques et les filières scientifiques indispensable pour l’industrialisation et le développement du pays. Mais l’Etat n’a pas pris cette option au regard des situations concrètes et non des déclarations d’intention. En effet, il a été constaté que parmi les titulaires du DEF, 53% sont orientés dans l’enseignement secondaire général et 47% dans l’enseignement technique et professionnel. Mais pour celui-ci, 25% des effectifs sont dans les filières industrielles (malgré ce faible effectif il est fait mention du manque d’enseignants) et 75% dans le tertiaire alors que ces filières sont peu demandées sur le marché du travail.

Si le chômage des jeunes diplômés est si élevé c’est avant tout parce qu’ils sont mal orientés. Ce n’est pas seulement le choix des élèves qui doit déterminer son orientation dans un lycée technique ou général ou dans un filière scientifique ou littéraire mais cela doit être aussi lié à la stratégie de développement du pays. Le gouvernement doit donc reconnaître son incapacité à proposer un système éducatif adapté à une stratégie de développement qui doit être basée sur l’agriculture et l’industrie.

Concernant les orientations, 2/3 des effectifs des élèves sont orientés dans des lycées privés qui reçoivent pour les accueillir des frais scolaires : le budget consacré à cette dépense étant en 2008 de 9,686 milliards pour passer en 2009 à 14,429 milliards. Un tel montant pourrait permettre de construire environ 20 lycées. Si dès le départ l’Etat avait construit au lieu d’enrichir quelques « amitiés », les infrastructures seraient disponibles et les problèmes d’orientation ne se poseraient plus. Les opérateurs privés, avec la complicité de l’Etat ont pris en otage nos lycées, nos écoles techniques et professionnelles, nous dépendons presque entièrement d’eux pour qu’une année scolaire se passe sans problème.

L’Etat justifie cette stratégie par son manque de ressources financières pour construire des lycées mais comme nous l’avons dit précédemment c’est l’Etat qui est responsable de ces choix budgétaires, de brader des entreprises publiques au lieu de les renforcer pour qu’elles génèrent des ressources supplémentaires pour l‘Etat.

Ainsi, l’essor des lycées privés peut s’expliquer par deux raisons. La première concerne les nombreux bénéfices qu’ils procurent à leurs propriétaires et la seconde porte sur une stratégie efficace pour transférer des fonds publics à des administrateurs ou décideurs publics qui se transforment pour l’occasion en opérateurs privés.

Dans le premier cas, si la rentabilité de l’activité est réelle il est plus pertinent qu’elle soit réalisée par l’Etat. Pour le second cas, il pourrait être interdit à tout décideur du niveau politique ou cadre de l’administration scolaire d’être actionnaire dans des lycées privés afin de s’assurer qu’ils ne bénéficieront pas d’avantages liés à leurs relations, cette option impliquerait, au préalable que la liste de tous les actionnaires des lycées privés soient disponibles et diffusée largement. De telles mesures concrètes permettraient d’assainir la gestion des orientations après le DEF et de faire, sans aucun doute des économies considérables.

Il est également dangereux de considérer que le Mali n’a pas besoin de cadres de conception mais essentiellement de techniciens, les deux sont nécessaires. Le chômage actuel des jeunes diplômés est souvent évoqué pour soutenir cette considération. Alors qu’en réalité le Mali a besoin de cadres de qualité mais malheureusement ceux qui sortent de nos universités ont un niveau trop faible pour assumer des postes à responsabilité. Cela est dû au fait qu’ils ont étudiés dans des filières peu stratégiques pour le développement de notre pays, dans de mauvaises conditions ou qu’ils ont passé leurs examens grâce à la complaisance de certains enseignants ou administrateurs.

Le parti SADI souhaite réaffirmer l’importance qui doit être apporté à l’utilisation des langues nationales, car il est convaincu que c’est une condition indispensable pour la qualité des apprentissages et l’affirmation de son identité culturelle.

Les participants du Forum National sur l’Education ont recommandé que l’enseignement bilingue langue nationale/français soit maintenu et que les langues nationales soient enseignées en tant que langues vivantes du secondaire à l’université. Le parti SADI est favorable à de telles propositions mais dénonce que dans le plan d’action soit prévu d’observer une « pause stratégique en ne poursuivant pas la généralisation » du bilinguisme. Cette proposition contradictoire avec les recommandations des participants n’est pas nouvelle, elle a déjà été formulée en conclusion du forum sur le curriculum qui a eu lieu en début d’année et dont aucune recommandation n’a encore été mise en œuvre par manque de volonté politique ou de pouvoir sur les administrateurs scolaires pour faire appliquer les décisions.

Le parti SADI propose donc que la généralisation soit effective dès cette année afin que tous les décideurs et agents hostiles qui bloquent l’avancée de cette innovation pédagogique perçoivent qu’aucun retour en arrière n’est possible. C’est à cette condition que les pédagogues se verront dans l’obligation d’apporter les ajustements nécessaires concernant cette innovation au risque de porter à leur tour la responsabilité du manque de qualité de notre école.

A travers cette communication, le Parti SADI souhaite soulever les problèmes du système éducatif que les personnes ayant des intérêts liés au pouvoir en place, ne peuvent exprimer de crainte de perdre leurs privilèges et que les capitalistes ne dénonceront pas étant donné les profits qu’ils tirent de la défaillance du système éducatif (privatisation de l’école, passation de marchés dans l’opacité..).

La cellule

de communication


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