La Radio Libre Kayira
Kayira victime d’une nouvelle injustice

La radio de Niono fermée par les autorités

Réaction de la direction

vendredi 9 juin 2006

L’association libre de la radio Kayira a décidé d’implanter une radio à Niono, en plein des terres de l’Office du Niger, pour appuyer les luttes de ces paysans. La radio Kayira de Niono a effectué ses premiers essais en avril 2006. Les autorités de la région ont alors questionner les membres de la radio et décidé de faire cesser ses activités. La direction du réseau dénonce cette fermeture jugée arbitraire.

Il est courant en Afrique qu’après des bouleversements sociopolitiques important, qualitatif, que les forces rétrogrades réagissent violemment ou de façon insidieuse pour ralentir la roue de l’histoire et procéder à la restauration progressive de l’ordre ancien.

Il est vrai que malgré cette restauration résistent des éléments progressistes qui seront le ferment permettant tôt ou tard à faire avancer la roue de l’histoire au profit des peuples.

Tirant les leçons des années de répression et d’oppression de notre peuple et de l’insurrection populaire de Mars 1991, les fondateurs de l’Association Radio libre Kayira, qui ont pris une part décisive dans l’avènement de la démocratie au Mali, ont décidé de donner la parole au peuple à ceux dont la parole a été déniée pendant environ un quart de siècle.

En effet, les paysans, les ouvriers, les femmes et la plupart des cadres consciencieux, patriotes ont été sevrés de parole, de participation active, consciente à l’œuvre de construction nationale et surtout de la juste récompense des efforts fournis. Donner la parole à ces « sans voix » pour nous est une œuvre de construction démocratique pour le plus grand nombre.

Evidemment, l’engagement du Mali dans le programme d’ajustement structurel du FMI avec son cortège de malheur ne peut s’accommoder d’une presse critique et qui organise les forces sociales victimes des multinationales et de ses garçons de course locaux.

Durant les 10 années du régime de Alpha Oumar Konaré, Kayira a payé pour son rôle d’éclaireur, d’organisateur du peuple.

A l’avènement d’Amadou Toumani Touré et son slogan « Regardons ce sui nous unit et non ce qui nous divise » soutenu par son appel au consensus, bon nombre de Maliens s’attendait à un meilleur respect des libertés individuelles et collectives, de la justice et de l équité. L’épreuve des faits démasque ces slogans et Kayira à nouveau paye le prix.

Le rôle de Kayira depuis sa fondation dans la démocratisation du Mali et les luttes paysannes

En Octobre 2003, 3 journalistes du réseau Kayira ont passé 1 mois en prison à Ségou pour « incitation à la révolte, menace de mort, opposition à l’autorité de l’Etat ». (Pour plus de détails à ce sujet, voir le site de Reporter sans Frontière.) Ils sont présentement en liberté provisoire. La faute ? Avoir dénoncé un huissier de justice pris en flagrant délit d’abus de pouvoir et de racket, des populations de SOROBA : 83 bœufs saisis et vendus pour 500.000 FCFA au profit de la Banque Nationale de Développement de l’Agriculture. (BNDA) !

Le 12 avril 2004, 5 journalistes de la radio ont été arrêtés et déférés pour perturbation de l’ordre public ! Pourquoi ? pour avoir fait passer une ancienne cassette pleine de promesses non tenues d’un député, mutant. Nous ne comptons pas les mesures de rétorsions économiques, de rejet de projet bien ficelé et apprécié de tous...

Il n’est un secret pour personne que c’est le Réseau de Communication Kayira qui a levé le lièvre sur les exactions menées contre les paysans à l’Office du Niger par la Direction de l’Office :

- Retrait des champs aux paysans ayant payé la redevance eau dans le délai autorisé par le Ministre de l’agriculture, le Premier Ministre et le Président de la République.
- Augmentation inconsidérée du prix des intrants agricoles et de la redevance eau.
- Spéculation foncière autorisée à l’endroit des Chinois dans la zone sur 1000 ha.
- Discrimination dans la fixation du prix de la redevance eau : 63.500 FCFA pour les paysans maliens, 10.000 FCFA, pour les Chinois, aucune facturation pour certains fonctionnaires.
- Récoltes des champs des paysans par des fonctionnaires érigés en nouveaux acquéreurs.
- Installation des paysans sur des surfaces insignifiantes alors que des fonctionnaires ou autres nantis bénéficient de centaine d’hectares.
- Manque d’entretien des canaux d’irrigation
- Mauvaise appréciation du périmètre de rendement et du rendement à l’hectare.
- Campagne médiatique forcenée à l’ORTM, dans la presse privée à coup de grands frais.
- Mutation arbitraire des cadres de l’Office qui refusent d’adhérer au mouvement citoyen.

La liste est très longue.

La fermeture de la radio à Niono, une nouveau coup porté à Kayira

Pour mieux informer les paysans sur leurs droits, la Direction de Radio Kayira a décidé d’étendre son réseau à Niono. Une demande de fréquence a été déposée auprès des autorités compétentes en septembre 2005. Aucune réponse n’est parvenue à notre niveau.

Dès que la radio a fait ses premiers essais le 24 avril 2006, le Préfet de Niono, le Commissaire de police ont accouru ; les convocations tombent les unes après les autres. Les questions sont révélatrices :

Qui est derrière cette radio ? À quel parti politique la radio est-elle liée ? Dans quels partis politiques militent les responsables et animateurs de la Radio ? Qui finance vos activités ? De quelle autorisation êtes-vous munis ? Après ces interrogations successives, le Préfet charge le commissaire de police de fermer la radio ! Légalement, il n’a n’en pas le droit.

Informé, le Président du Conseil Supérieur de la Communication rappelle le Préfet à l’ordre. Nous rencontrons le Ministre de la communication. Il dit n’être pas au courant et promet de vérifier l’information tout en nous invitant à être conforme à la loi ! Mais nous sommes conformes à la loi.

Trois jours plus tard, le Ministre de la communication nous fait notifier une lettre de fermeture de la Radio pour défaut d’autorisation. Pour maquiller l’injustice, il autorise pour les mêmes motifs la fermeture de la radio Seko qui émet également à Niono. La supercherie réside dans le fait que ces radios (Sikoro à Ségou et Séko à Niono) ont été créées par la direction de l’Office du Niger en complicité avec le gouverneur de Ségou pour intoxiquer. L’ORTM n’a pas suffit ! Les radios Seko et Sikoro ont émis tranquillement durant 6 et 8 mois, sans qu’aucun chat ne soit égratigné.

Et encore, il n’y a trace nulle part d’aucune demande de fréquence de ces radios. Des responsables du mouvement citoyen sont intervenus auprès du conseil supérieur de la communication pour qu’il maintienne fermée la Radio Kayira de Niono. Et après on crie à la politisation !

Le ministre de la communication est l’ancien éditorialiste de l’UDPM du dictateur Moussa Traoré et de Alpha O Konaré. Le renégat a retrouvé ses vieux réflexes d’apologiste de la pensée unique. Celle des multinationales et de la bourgeoisie locale capteur de fonds publics.

Pourquoi craignent-ils tant la différence idéologique, le débat et l’information juste des populations ? Pourquoi craignent-ils avec une telle frilosité l’éveil des consciences populaires ? l’ORTM sert son maître et sa cour, le Ministre de la Communication sévit contre les medias qui ne donnent pas dans le soutien au prince. Tout est fait pour liquider la démocratie chèrement acquise.

Il n’est ni politiquement correct, ni moralement sain de dire que ceux qui prennent les armes devraient utiliser les armes du dialogue alors que l’on retire toute possibilité d’expression à ceux qui croient aux vertus du dialogue, du débat ! la dérive fasciste doit s’arrêter !

Nous remercions le Conseil Supérieur de la Communication, l’URTEL et la Coordination des Radios de Ségou qui ont dénoncé cette mesure et demandé l’ouverture de notre radio.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là, car nous devons faire face aux situations suivantes : Notre radio a recruté 11 jeunes en chômage dont la masse salariale vaut 700.000 FCA, nous faisons également face aux charges locatives et d’électricité qui courent. Voyez vous ?! Mr Gaoussou Drabo, le Mouvement Citoyen à Niono, le Directeur de l’Office du Niger et le Gouverneur de Ségou ne connaissent pas ces réalités. Eux, sans effort reçoivent des flots d’argent par la magouille, la rapine et le vol. Quant à nous, nous trimons avec le peuple que vous spoliez au quotidien. Nous n’avons d’autre issue que d’ouvrir notre radio injustement et illégalement fermée.

N’en déplaisent aux garçons de course du capital financier qui se remplissent les poches en liquidant nos Sociétés et Entreprises d’Etat et de nos ressources minières.

Nous continuerons sans relâche à soutenir :

- Les ouvriers de Morila injustement et illégalement licenciés par la SOMADEX de Bouygues.
- Les 9 ouvriers du comité syndical de la SOMADEX, abusivement détenus dans la prison de Bougouni.
- Tous les paysans moyens et pauvres notamment ceux de l’Office du Niger, et des zones CMDT taillables et corvéables à merci.
- Les cheminots victimes de la concession honteuse à Transrail de la Régie des Chemins de Fer du Mali
- Les ouvriers de l’HUICOMA licenciés pour fait de grève dont huit croupissent dans la prison de Koulikoro par l’intouchable Aliou Tomota
- Les travailleurs immigrés humiliés au quotidien au consulat de France et en France victimes d’incendie criminels.

Et nous dénoncerons :

- L’achat des consciences politiques
- Les détournements de derniers publics
- L’utilisation outrancière des médias publics par une minorité de repus.

Kayira ne se taira pas tant qu’il y aura encore des Maliens épris de justice de progrès, d’équité et encore restés fidèles aux idéaux de Mars 91. Kayira sait compter sur tous.

Pour la Direction Générale, Dr Oumar Mariko Directeur.

Ce texte a été lu lors de la conférence de presse organisée le 8 juin 2006 à Bamako par la Direction du Réseau de Communication Kayira à propos de la fermeture de la Radio Kayira VII de Niono.

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