mardi 4 avril 2006
Uniquement entre 1988 et 1999, la dette de l’Afrique s’est accrue de 65 milliards de dollars. Les intérêts à eux-seuls sont responsables de plus de 65% de cette augmentation. Au cours de cette même période, l’Afrique a remboursé 145 milliards.
L’économiste Demba Moussa Dembélé, membre du Forum Africain des Alternatives et coordinateur de la conférence internationale de Dakar pour l’annulation de la dette, s’indigne devant l’étau économique qui se ressert de plus en plus sur les populations les plus démunies. « Une étude, menée par l’organisation britannique Christian Aid, montre que la libéralisation du commerce, à elle seule, a coûté à l’Afrique 272 milliards de dollars en 20 ans. La totalité de la dette de l’Afrique sub-saharienne est moindre. Nous jugeons cela illégitime et nous revendiquons son annulation complète. »
L’impact de la dette se fait sentir dans plusieurs secteurs. Un État endetté a du mal à financer les services sociaux de santé et d’éducation et se trouve dans l’obligation de les privatiser. L’endettement chronique perpétue donc le cercle vicieux de la pauvreté. « Si on ne recrute pas des personnes qui soignent et qui sauvent des vies, comment le pays peut-il se développer ? se questionne M Dembélé. Et si on n’éduque pas les citoyens, comment peuvent-ils être productif ? Or, dans tous ces domaines, les gouvernements africains ont été contraints pratiquement d’abandonner l’éducation et la santé en raison de la dette et des contraintes imposées par le Fond Monétaire Internationale (FMI) et la Banque Mondiale. »
Le FMI a d’ailleurs lancé, en 1986, ses Programmes d’ajustements structurels dans le but, dit-on, d’alléger la créance des pays du Tiers-Monde. Pour soulager les États pauvres du fardeau de la dette, l’institution de Bretton Woods a accepté de leur accorder des prêts moyennant certaines conditions dont :
Discipline budgétaire
Réorientation de la dépense publique (Évidemment, vers des secteurs favorisant les échanges avec les pays riches tels que l’exploitation des matières premières ou le développement des réseaux de transports.)
Réforme fiscale
Adoption d’un taux de change unique et compétitif (Vous pouvez consultez cet article de Monsieur Dembélé qui traite des impacts de l’adoption du Franc CFA en Afrique de l’Ouest. )
Libéralisation des échanges
Élimination des barrières à l’investissement direct étranger (N’importe quel magnat peut venir investir dans les pays en développement même s’il viole plusieurs droits en matière de droits humains ou d’environnement)
Privatisation des entreprises publiques
Dérégulation des marchés
En gros, les Programmes d’ajustements structurels contraignent les pays en voie de développement à une économie extrêmement limitée. Cela signifie qu’un État comme le Mali, qui est un des plus importants producteurs de cotton en Afrique ne possède aucune usine de transformation de la dite matière première. Tous les tissus que les Africains utilisent pour se vêtir sont, pour la plus part, conçus en Inde, en Chine, en Europe... Ils s’habillent avec du coton qui provient de leurs terres, mais les profits ne leur reviennent jamais.
Au vol des matières premières, s’ajoute la dégradation des termes de l’échange. « Le prix des produits exportés par les pays Africains baissent alors que les prix des produits importés augumentent , précise M. Dembélé. Ceci signifie que les Africains ont moins de recettes des produits qu’ils vendent à l’extérieur et ils paient plus cher ce qui est fabriqué à l’étranger. »
Avec une économie orientée à 80% vers le secteur primaire, l’Afrique est pillée de ses ressources naturelles et rachète, à des prix exhorbitants des produits transformés par les grandes multinationales occidentales, seules bénéficiaires du néo-libéralisme.