mardi 19 août 2008 par Siaka Z. TRAORÉ
Même si la salle de conférence du Centre Djoliba n’a pas drainé assez de monde samedi dernier, la causerie- débats sur le thème « propositions pour la consolidation de la démocratie malienne » initiée par l’Association Repères a suscité beaucoup de réactions.
Les conférenciers Ali Cissé administrateur civil, chercheur et Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni auteur de plusieurs écrits sur l’œuvre de Modibo Kéita et de l’US-RDA ont de par leurs interventions respectivement démontré que la démocratie malienne a du chemin à faire.
Ali Cissé principal orateur, d’entrée de jeu a signalé que l’objectif de l’exercice est de recueillir les avis du public sur quelques constats et recommandations concernant la pratique démocratique malienne dans un 1er temps.
Dans un second temps, transmettre les conclusions qui seront issues de la causerie-débats à la Commission Nationale de Réflexion sur la Consolidation de la Démocratie (CRCD) que dirige Daba Diawara.
M.Cissé, dans son exposé, a axé son intervention sur 5 points qui sont : l’organisation et le fonctionnement des institutions ; le processus électoral ; la vie des partis politiques ; le statut de l’opposition et l’ organisation de la presse.
Concernant chacun de ces points l’administrateur civil, non moindre chercheur a fait des constats et des recommandations à la fois. C’est ainsi après avoir expliqué à l’assistance qui a suivi avec intérêt son exposé il a noté qu’il y a pléthore d’institutions au Mali (au nombre de 8).
Ali Cissé a recommandé la suppression du haut conseil des collectivités territoriales et du conseil économique, social et culturel et le transfert de leurs missions à l’Assemblée Nationale.
Ensuite, il propose la suppression de la cour constitutionnelle et le transfert de ses missions à la cour suprême à travers sa section constitutionnelle. Pour le conférencier la suppression de ces 2 institutions permettra de réduire le coût de fonctionnement exorbitant des institutions.
S’agissant toujours de ce chapitre, le conférencier propose la suppression du poste de premier ministre. Ce dernier, estime-t-il, étant nommé par le président de la république, ne peut rien entreprendre sans son avis.
M. Cissé a mis un accent sur un aspect dans ce chapitre. Il s’agit de la question de l’officialisation des langues nationales. Selon lui, les populations du pays profond sont exclues à la vie politique à cause de l’officialisation du français.
A propos de ce point Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni 2ème conférencier a souligné que cette question revêt d’une importance capitale.
Il a par ailleurs dit que très peu de responsables et de cadres maliens se souviennent qu’en 1962 lors de l’adoption de la reforme de l’enseignement il a été écrit ‘’noir sur blanc’’ à l’article 4 du décret de création de l’enseignement fondamental que l’enseignement est donné au Mali en langue française en entendant que les langues nationales soient dotées d’instruments les permettant de substituer à la langue française dans l’enseignement. Depuis 1962 le Mali attend toujours regrette le doyen Amadou Djicoroni.
La suppression du bureau du vérificateur général tout en renforçant les prérogatives du contrôle général des services publics fait partie des recommandations du conférencier Cissé. Il émet enfin l’idée de supprimer la CASCA qui est devenue un épouvantail entre les mains du pouvoir.
A propos du volet relatif au processus électoral le 1er conférencier a parlé de surcharge et de manque de fiabilité malgré la multitude de structures intervenant dans ce domaine en l’occurrence la commission électorale nationale indépendante, la délégation générale aux élections, la cour constitutionnelle et bien sûr le département en charge de l’administration territoriale et des collectivités locales. Le passage du système d’inscription volontaire demeure l’une des recommandations du chercheur.
Comme argument avancé, Ali Cissé a estimé que trop d’argent a été englouti dans les élections. Par exemple de 1997 à 1999 les élections ont coûté au contribuable malien la bagatelle de 17 milliards de francs CFA. Egalement, de 2002 à 2004, ce montant a atteint 25 milliards de nos francs.
En s’adonnant à un petit exercice entre 2002 et 2004 les 25 milliards selon lui sont repartis comme suit : 15, 8 milliards affectés au ministère de l’administration, 3,7milliards à la CENI, 1,7 milliards à la DGE, 907millions à cour constitutionnelle, 143 millions au comité national de l’égal accès aux médias d’Etat, 91,7 millions aux médias publics, 2,05 milliards aux partis politiques, 425 millions servant à l’éducation civique (massakè tunturu un spot publicitaire à la télévision nationale).
C’est pourquoi recommande-t-il l’affectation de l’ensemble des opérations au ministère de l’administration territoriale et des collectivités locales tout en responsabilisant les partis politiques à exercer un contrôle adéquat.
La suppression de l’élection du président de la république au suffrage universel et son élection par l’Assemblée Nationale est une des recommandations du document exposé par Ali Cissé et qui engage l’Association Repères.
Le 2ème conférencier a abondé dans le même sens que son prédécesseur. Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni a noté pour sa part qu’imiter l’Europe et plus particulièrement la France en élisant un président et en nommant un premier ministre c’est de l’importation, de la photocopie , c’est dangereux. C’est pourquoi dit-il le bicéphalisme, nous l’avons souligné.
C’est pourquoi pour la sauvegarde et la pérennité de nos institutions prenons la leçon de l’histoire et les données culturelles de notre pays a-t-il martelé, surtout qu’on dit chez nous en bambara ‘’fanga tè janguélé’’. Autrement dit, on ne partage pas les responsabilités. Chez nous au Mali il n’y a pas d’adjoint au chef de village a fait remarquer le doyen Amadou Djicoroni.
La vie des partis politiques l’un des points a soulevé des réactions. Des représentants des partis politiques présents à la rencontre ont déclaré leur opposition à propos de la suppression de l’aide aux partis, toute chose que le conférencier Cissé pense nécessaire avant de souligner que les partis politiques ont été soutenus par l’Etat à travers l’argent du contribuable depuis maintenant 8 ans, il est temps que l’Etat se retire a noté M. Cissé.
Aussi, rare sont les partis politiques au Mali depuis l’avènement de la démocratie au sein desquels les chefs acceptent l’alternance. Raison pour laquelle propose-t-il un mandat limitatif. Parlant du statut de l’opposition M. Cissé dans son intervention a noté qu’au Mali l’opposition est moins visible.
L’accès aux médias publics, sa présence aux audiences avec les institutions de la république, son invitation à travers son chef de file par le président de la république aux cérémonies officielles sont des recommandations du conférencier (si elles sont prises en compte) permettront à la démocratie malienne d’avancer.
Du dernier point qui concerne la presse il y ressort de l’exposé du conférencier que la profession souffre du manque de professionnalisme, le non respect de la déontologie par plusieurs organes de presse publics ainsi que privés. Pour y remédier, à l’en croire, il recommande l’institution de critères pour l’exercice de la profession.
Mieux, il propose la fusion du conseil supérieur de la communication au comité national de l’égal accès aux médias d’Etat et la dotation d’une nouvelle structure en moyens adéquats pour sanctionner les manquements des médias publics et privés, la création d’une école pour la formation initiale et continue des journalistes.
Au paravant le Président de l’Association Repères Daouda Sacko avait signalé que le thème de la causerie-débats est d’actualité très sensible. ‘’La démocratie malienne est le processus d’un long combat de notre peuple dont le couronnement a été le 26 mars 1991. C’est dans le sang et dans la douleur que cette démocratie est née. 16 ans après que de frustrations, que d’interrogations’’ s’était-il interrogé avant de conclure que l’Association Repères est apolitique mais elle n’est pas neutre. Elle est sensible à tout ce qui concerne le Mali.