La Radio Libre Kayira

Tahirou Bah, secrétaire général du Mouvement des Sans Voix, à propos de la privatisation de la C.M.D.T

mardi 12 août 2008

« …De notre point de vue, les députés qui ont voté le bradage de la C.M.D.T se sont laissés aller sachant bien que cette privatisation, j’allais dire ce bradage va aboutir à une crise sociale parce que 4 millions de maliens vivent directement du coton ».

Longtemps annoncée, la loi sur la privatisation de la C.M.D.T a été le 2 août 2008, par les élus du peuple avec 117 pour, 20 contre et 6 abstentions. En ce qui concerne cette question capitale pour l’avenir de notre pays, cinq militants du Mouvement des Sans Voix avaient manifesté à l’Assemblée Nationale en signe de protestation contre le vote de cette loi.

Il s’agit de Tahirou Bah, Fasséry Traoré, Bandiougou Sangaré, Abdoul Karim Konaté et Amadou Diallo dit Pape qui, avaient été interpellés puis gardés à vue pendant 72 heures au commissariat de police de 3è arrondissement du district de Bamako.

Dans cette interview exclusive, le secrétaire général du Mouvement des Sans Voix, explique les causes de leur manifestation, leurs conditions de détention à la police et leurs perspectives de lutte contre la privatisation effrénée d’autres entreprises d’Etat.

Radio Kayira : Monsieur Tahirou Bah bonjour, vous êtes le secrétaire général du Mouvement des Sans Voix. Nous voulons savoir pourquoi la police a interpellé cinq (5) de vos militants dont vous même ?

Merci beaucoup, avant de répondre à votre question je tiens à préciser que nous avons été interpellés parce que le Mouvement des Sans Voix a voulu protester contre le projet de loi qui malheureusement a été votée par la majorité des députés sur la privatisation de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles le 2 août 2008 que je qualifie de catastrophe pour notre pays.

Nous avons été interpellés au moment où le ministre des finances s’apprêtait à argumenter davantage cette haute trahison vis-à-vis du peuple malien. C’est en ce moment précis que nous avons crié à la trahison tout en dénonçant le bradage de la C.M.D.T qui a été vendue sans une autre forme de procès sous le diktat de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, exécuté à la lettre par les dirigeants Maliens.

Radio Kayira : Dites nous en dehors de ce slogan que vous avez scandé dans la salle qu’est ce que vous avez posé comme actes désobligeants ?

En plus de nos slogans, nous possédions une banderole sur laquelle on pouvait lire ceci : « le droit des peuples d’abord », parce que brader la C.M.D.T revient à brader le droit de notre peuple tout entier. C’est pourquoi séance tenante, le président de l’Assemblée Nationale Dioncounda Traoré, paniqué et surpris par notre détermination et nos slogans a ordonné aux gardes de l’Assemblée de nous mettre aux arrêts. Ces derniers nous ont pris et nous ont conduit dans la toilette de l’institution. Là, nous 5 avons passé trente (30) bonnes minutes.

Comme les policiers du Commissariat du 3ème arrondissement tardaient à venir, ce sont les gardes de l’Assemblée eux-mêmes qui nous ont conduit devant le Commissaire dudit arrondissement pour l’interrogatoire.

Radio Kayira : Arrivés au 3ème arrondissement qu’est ce qui s’est passé ?

Au Commissariat de police du 3ème arrondissement, nous avons été d’abord mis dans le violon. Là, nous avons passé deux (2) heures de temps sans être auditionnés. Je signale au passage que nous avons été informés que l’Assemblée a porté plainte contre nous pour trouble à l’ordre public.

Quand cette information nous a été donnée au commissariat c’est en ce moment que nous avons été auditionnés. Plusieurs questions nous ont été adressées. Pourquoi vous avez posé cet acte ? Etes vous manipulés ? Si oui par qui ? Est-ce que vous êtes soutenus par les hommes politiques ?

Mais à propos de cette dernière question, moi j’ai bel et bien précisé que nous sommes soutenus par les patriotes maliens dont les députés de l’opposition qui se sont opposés à ce projet de loi relatif à la privatisation de l’ex géant de notre économie. J’ai d’ailleurs tenu à préciser au Commissaire que si nous nous sommes soutenus, le gouvernement quant à lui est également soutenu par une force étrangère.

Ce qui est synonyme de trahison de la part des autorités. Voilà, c’est ce que j’ai essayé de clarifier devant le Commissaire. Pendant les 72 heures que nous avons passé dans le violon, tout le temps c’était des auditions, des piles de questions que je ne pourrais pas détailler dans un laps de temps.

Radio Kayira : N’est ce pas que vos conditions de ‘’détention’’ au violon étaient bonnes ?

Non pas du tout, je proteste d’ailleurs vigoureusement contre les conditions dans lesquelles nous étions détenus. Tout d’abord, je signale que l’espace du violon est moins vaste que 4 mètres carré. Dans cet espace il y avait plus de 40 personnes pour plusieurs catégories de fautes confondues.

Quand nous avons chanté l’hymne national dans le violon, le Commissaire a ordonné aux policiers qui étaient chargés de notre « situation » de nous priver de boire et de manger. C’est ainsi que nous avons passé toute une nuit sans boire et sans manger.

Aussi, les conditions de détention étaient vraiment atroces. Le coin est très sale. Nous faisions tout là bas ( besoins naturels qui coulaient sous nos pieds), nous dormions débout. Avec les moustiques, l’insalubrité, c’était vraiment dur. Nous avions l’impression que le temps ne filait pas alors que nous n’avions passé que 72 heures au commissariat.

Radio Kayira : Revenons à l’Assemblée Nationale, d’aucuns pensent que vous devriez plutôt manifester votre mécontentement devant l’hémicycle, au lieu que ça soit à l’intérieur. Qu’est ce que vous en pensez ?

Tout d’abord c’est une question politique qui a besoin d’une réponse politique. Et l’Assemblée Nationale est un lieu hautement politique. Donc, tout citoyen, de notre point de vue a le droit de venir manifester devant l’Assemblée Nationale son mécontentement sur tous les sujets d’intérêt national. Nulle part la loi ne dit que c’est tel ou tel lieu qui doit accueillir les manifestations pour ou contre un fait ou un phénomène donné.

L’Assemblée étant un lieu où se réunissent les élus de la nation nous pensons qu’il n’y a pas un lieu qui répond mieux plus que l’hémicycle. Mieux, je ne vois aucun inconvénient quand des citoyens de bonne volonté décident de prévaloir leurs opinions à propos d’une question comme celle de la C.M.D.T.

Nous assumons l’acte posé. Nous voudrions que les députés prennent conscience de l’enjeu de la question du bradage d’un pan de notre économie. Mais malheureusement nous n’avons pas été compris. L’histoire certainement donnera raison à notre mouvement.

Radio Kayira : Avez-vous été déçu par les députés qui ont voté la loi de la privatisation de la C.M.D.T ?

Pas déçu, parce que nous savions que la loi allait être adoptée. C’est la raison pour laquelle nous étions présents pour protester. Ensuite, ceux qui ont voté pour ont trahi le peuple et ceux qui ont voté contre méritent d’être soutenus par les citoyens maliens.

Je dis encore une fois que ceux qui ont accepté que cette loi passent, savent les conséquences de leur acte posé, car être un élu est synonyme d’être à l’écoute de son peuple et de son électorat. Les élus dits de « la majorité » n’ont fait aucun travail de consultation de leur base.

Ils ont obéit aux consignes données par le gouvernement, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International au détriment de l’intérêt du peuple malien. Ce qui nous amène, nous Mouvement des Sans Voix, à nous poser ces questions de savoir si nous sommes réellement dans un Etat souverain ou à quel type d’Etat nous faisons face ?

De notre point de vue, les députés qui ont voté le bradage de la C.M.D.T se sont laissés aller sachant bien que cette privatisation, j’allais dire ce bradage va aboutir à une crise sociale parce que 4 millions de maliens vivent directement du coton. Ensuite, le chiffre d’affaires de la C.M.D.T est estimé à plus de 200 milliards de nos francs. Le coton c’est également 30 à 40% des exportations du Mali quand même.

Radio Kayira : A propos de vos perspectives de lutte comment vous allez vous y prendre pour les autres questions d’intérêt national ?

D’abord je tiens à noter que la C.M.D.T c’est la dernière société ou entreprise qui vient d’être liquidée sans une autre forme de procès. Il y a eu beaucoup de cas dont l’HUI.CO.MA, la B.E.TRA.M, la S.M.P.C, la S.E.Tsa.

En ce qui concerne maintenant nos perspectives de lutte nous envisageons d’organiser une conférence de presse sur cette question de privatisation de la C.M.D.T, en même temps nous allons organiser une marche et un meeting de protestation avec d’autres forces démocratiques et associations de la société civile. Il y a des concertations en cours, au bon moment nous allons passer à l’action.

Radio Kayira : Justement à propos du projet de loi sur la biosécurité (sur les O.G.M), l’Assemblée Nationale s’apprête à se prononcer très prochainement, allez vous procéder de la même manière comme ce fut le cas avec la privatisation de la C.M.D.T ?

La lutte, c’est il faut savoir quand et où protester. Nous avons manifesté quand il s’est agit de la question de C.M.D.T, je crois que les autorités vont prendre des mesures qui vont certainement empêcher l’opinion de s’exprimer à nouveau. Nous avons aussi nos stratégies, mais au moment venu nous le dirons. Nous ne dévoilerons pas ces stratégies à la presse.

Propos recueillis par

Siaka Z. Traoré


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