La Radio Libre Kayira

La Cour Constitutionnelle condamne à mort notre démocratie

jeudi 19 juillet 2007

Le deuxième tour des élections législatives est prévu ce dimanche sur toute l’étendue du territoire national. Samedi dernier, la cour constitutionnelle a donné une idée de ce que sera ce deuxième tour.

En rejetant systématiquement les 296 requêtes formulées par les candidats en compétition, la cour constitutionnelle délivre un passeport à la corruption politique à grande échelle.

Son attitude est d’autant plus incompréhensive que bon nombre de maliens se demandent comment elle a fermé les yeux sur ces pratiques condamnables ?

La cour Constitutionnelle qui avait pourtant ses délégués dans toutes les circonscriptions électorales, n’a décelé aucun cas d’irrégularité manifeste, de cas de corruption politique de candidats engagés dans cette course pour l’hémicycle.

Et pourtant, des exemples sont légion qui établissent avec des preuves irréfutables, la collusion entre certains candidats et l’administration pour permettre leur victoire sans coup férir.

Ces candidats ont la main large et débordant de générosité, déversant ça et là des espèces sonnantes et trébuchantes, des moulins, des motos, du sel, du sucre.

A cet sujet, un candidat connu de la place pour ses retournements de veste et ses propos outranciers, sillonne les villages les plus reculés dans la région de Ségou avec pour seul objectif de conquérir les électeurs qu’il n’avait jamais défendus.

Lui comme tant d’autres agissent en plein jour, solidement soutenus par des préfets avec lesquels ils échafaudent les plans de bataille les plus pernicieux pour gagner.

Il s’agit d’une mécanique bien huilée qui sera légitimée et légalisée par la Cour Constitutionnelle, laquelle doit désormais achever cet objectif ultime : constituer une majorité officielle au service du Président et dont l’Adema-PASJ en est l’architecte.

Dans ces conditions, la Cour Constitutionnelle qui s’est donnée corps et âme à cette stratégie de prise du pouvoir par l’Adema et de ses alliés objectifs, a perdu toute crédibilité aux yeux de l’immense majorité de notre peuple qui la considérait comme le dernier ressort, le garant de la justice et de l’équité, le rempart contre les ploutocrates, les gens riches qui croient que la politique est égale au business.

Aujourd’hui, l’attitude de la Cour Constitutionnelle obéit à une stratégie claire mise en œuvre depuis avant les élections présidentielles qui consiste à casser, réduire ou neutraliser toute opposition crédible capable de mettre en difficulté la future majorité présidentielle qui voit déjà dans les futurs portefeuilles ministériels la consécration d’un combat sans répit aux côtés du candidat réélu Amadou Toumani Touré. Pendant ce temps, le changement tant demandé par notre peuple sera mis aux calendes grecques.

Ce sont les inaugurations folkloriques, les réalisations tape-à-l’œil qui auront droit de cité à un moment où les maliens voient leur pouvoir d’achat s’effriter devant la hausse hallucinante des denrées de première nécessité (sucre, huile, thé, riz, mil…) sur fond de spéculations et de grande magouille, d’ajournement définitif de la lutte contre la corruption et l’impunité.

La Cour Constitutionnelle a fini de ruiner le mince espoir des maliens pour le changement.

Comment peut-elle laisser s’installer la fraude et l’achat des consciences dans ces élections législatives qui devraient permettre l’arrivée d’hommes crédibles au Parlement ?

Ne donne-t-elle pas raison aux abstentionnistes qui pensent que rien ne changera au Mali par les urnes ?

Comment a - t-elle fermé les yeux sur le déploiement surréaliste de moyens financiers réalisés par certains candidats qui ont emporté dans leurs virées électoralistes des moulins, des motos, des milliers de cartes d’électeurs frauduleusement soustraites au moment où certains partis attendent en vain l’aide promise par l’Etat ?

Comment peut-elle admettre que certains Préfets démasqués se sont transformés en mandataires de candidats ou groupes de candidats, offrant généreusement leurs véhicules pour transporter leurs militants ?

Comment peut-on cautionner des pratiques de cette nature susceptibles de provoquer des affrontements ?

L’heure est grave ! Notre peuple doit se ressaisir pour réaliser le sursaut.

Si la corruption et le viol des consciences triomphent dans ces élections législatives, ce sera la porte ouverte à tous les abus.

Ce sera la mort de la démocratie, l’avènement de forces réactionnaires et stipendiées dont la morale et la religion tueront notre idéal collectif.


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