jeudi 24 février 2005
Par Nouhoum Keita
La première impression qui se dégage lorsqu’on analyse le champ d’investigation des médias occidentaux, est que l’Afrique y occupe une part insignifiante de nouvelles. Les médias ne parlent pas de l’Afrique si ce ne sont les catastrophes, les famines et les guerres. Des raisons historiques expliquent sans doute cet amer constat.
A la fin de la longue nuit coloniale, un processus de violence s’est instauré entre le colonisateur et le colonisé lequel profondément bouleversé les rapports. La destruction des valeurs et des références défendues par le colonisateurs et l’avènement d’une nouvelle vision, porteuse de valeurs sociales et d’un idéal collectif a habité les nouvelles élites Africaines qui ont pris le relais du colonisateur. Leur mission historique fut donc de donner une âme à l’Afrique, un objectif politique, un programme de développement économique et social en rupture total avec "la mise en valeur coloniale" qui a ruiné (grâce à l’économie de traite et au pillage) le potentiel économique du continent. Des lors il s’est installé un différend historique. Les velléités d’indépendance manifestées par les nouveaux régimes furent systématiquement mise en échec par les puissance coloniales.
Par l’action des médias de l’ex métropole des campagnes de pression psychologique, suivi d’un conditionnement idéologique de l’opinion publique occidentale furent mises en œuvre. L’objectif recherché était d’empêcher la généralisation et le développement de ses nouvelles expériences politiques et démocratiques susceptibles d’ouvrir le chemin qui mène à l’indépendance véritable. Quand cette stratégie à échoué, on n’a eu recours aux coups d’état (cas de Kwameh N’kruma 1966 au Ghana, de Modibo Kéita le 19 novembre 1968 au Mali de Ben Bella 1965 en Algérie) et souvent par des assassinats (Lumumba au Congo 1962). Les médias dans les ex puissances coloniales jouèrent un rôle important pendant cette phase de confrontation idéologique avec leurs anciennes colonies dont les dirigeants sont considérés comme des "communistes indécrottables", des "agents de Moscou", des "Castristes" des "Guévaristes" qui ont conduits leurs pays dans le chaos. Les opinions occidentales furent manipulées, elles qui s’étaient mobilisées aux côtés des intellectuels africains de la diaspora pour mettre fin à la brutalité et à l’exploitation coloniale.
Partout des dictatures militaires s’installent au pouvoir, au prix de répressions effroyables, d’exécution en mars, de déportation massive. Un mur de silence est soigneusement érigé. Les luttes sociales et politiques contre la dictature, la corruption effrénée, le viol des consciences ne trouvent aucun échos dans les médias occidentaux. Pire, les intellectuelles courageux et honnêtes qui travaillaient de concert avec les forces démocratiques pour organiser la résistance intérieur, sont isolés, diabolisés.
Pour opérer leur retour et assurer leurs mains mise total sur le ressources du continent, ces ex puissances coloniales vont équiper, encadrer les forces de sécurités. Les dictateurs sont traités de démocrates tandis que ceux qu’ils ont renversé sont accusés de tous les maux. Analyse de l’attitude des médias Français.
L’association française BarOSud, dans une étude qu’elle a réalisée en 1995 sur le regard des médias français sur l’Afrique, à la demande du Gouvernement français de l’époque est arrivée à des conclusions pertinentes.
En analysants par exemple les médias français, on découvre un certain nombre de champs sémantiques dans lesquels s’inscrivent des figures de style associé aux événements des pays du tiers monde ou de l’afrique, à l’analyse de leur situation politique économique et sociale.
On y découvre : la fatalité, le pittoresque, la rhétorique misérabiliste. La fatalité est un champ sémantique qui regroupe tout un ensemble de figure de style qui donnent une représentation de l’Afrique à travers une image de "véritable malheur généralisé" structurel et definitoire, comme si l’Afrique était marquée par un destin irrévocablement fixé d’avance. Cette image de fatalité accompagne tous les aspects de la vie avec certains attributs caractéristiques tel que : Un état de misère nécessairement généralisé, une population incapable de prendre sérieusement en main son destin, vivant des situations politiques et sociales violentes et conflictuelles, ne connaissant pas la stabilité. D’autre part, ces sociétés sont souvent présentées comme victimes de catastrophes naturelles, d’accidents, d’épidémies, de famines, d’émeutes, et de troubles ethniques.
Ces malheurs sont expliqués, voire justifiés par l’histoire de ces sociétés présentée comme naturellement tragique et mouvementée, l’interprétation des événements dans son contexte apparaissant parfois secondaire. Les plus diverses réalités se reflètent à travers cette image de fatalité qui devient alors un véritable modèle général d’interprétation de ce qui se passe dans le tiers monde.
Le pittoresque est ce champs sémantique qui recouvre tout un ensemble de figure de style qui cherchent à donner une représentation charmante, amusante, vivante et typée de la vie et des personnes qui frappent par leur comportement ou par leur fonctionnement original.
Ces figures servent surtout à donner un reflet des lieux et des personnages et sont représentatives des clichés qui engendrent une image composée de paysages luxuriants, de personnage ayant un aspect physique particulier, un système administratif et politique qui fonctionne drôlement, une religion qui produit des rituels et des pratiques spéciales, ainsi que des relations humaines teintées d’une certaine exubérance. Le pittoresque est une sorte de " regard exotique" posé sur les pays du sud.
La rhétorique est une sorte de poésie misérabiliste à travers laquelle on peut noter l’utilisation de moyens d’expressions, qui tout en décrivant la misère les malheurs et ce qui est présenté comme la détresse et structurelle de l’Afrique, trouve une inspiration poétique dans la description du malheur. Cette rhétorique montre les images qui évoquent une vision mythique du malheur, une impossibilité du même pour certaines populations et tout particulièrement pour les enfants du sommeil comme seule possibilité d’oubli devant l’infortune, des personnages presque lyriques qui nous parlent d’exode et de fûtes, décrites avec grandiloquence.
L’Afrique est absente de la bataille mondiale de l’information. Les raisons tiennent essentiellement à l’insuffisance des moyens techniques, financiers ou humains. Mais aussi à l’absence d’une politique audiovisuelle commune. Ce sont quatre grandes agences de presse qui se répartissent la maîtrise des flux d’information : l’associated Press, United Press, Reuter, et Agence France Presse. Ces agences tissent leur toile d’araignée sur la planète entière et alimentent les médias en informations de toutes sortes. Le combat est donc inégal entre l’Afrique et l’Occident avec ses satellites et autres technologies. Pour l’actualité internationale et les journaux télévisés, les télévisions africaines dépendent des télévisions occidentales, lesquelles sont alimentées à leur tour par ces grandes agences mondiales. Cela veut dire que pour avoir des informations et des images sur les conflits locaux, les africains regardent les grandes chaînes de télévision. Aujourd’hui l’Afrique semble prise en tenaille surtout à l’ère de la mondialisation. Ce sont les géants occidentaux qui profitent de la mondialisation et de la globalisation. Ils disposent d’un immense savoir-faire, d’un catalogue de programmes attractif et riche et de puissants moyens financiers. Le secteur de la communication est en pleine réorganisation en raison de l’évolution des techniques de l’audiovisuel, mais aussi de la généralisation de la numérisation. Il y’a des enjeux industriels et commerciaux qui sont considérables. Moteur de la croissance économique pour certains, ce secteur sera l’un des plus prometteurs de ce siècle. Les super-autoroutes de l’information créent des fusions, des rachats, des alliances entre les opérateurs d’un vaste secteur multimédia qui englobe désormais le câble, la télévision, l’informatique, le téléphone, la production industrielle...
Cette évolution correspond à deux mouvements complémentaires : La concentration et l’internationalisation. Ces mouvements affectent le marché des médias, tant dans le domaine des programmes, des équipements et des réseaux et débouchent sur la création de grands groupes multimédias occidentaux qui étendent leurs activités sur plusieurs types de médias. De l’Afrique on peut observer la situation à travers le positionnement stratégique de certains grands médias :
Les Britanniques ont renforcé les moyens de leur entreprise publique de radio et de télévision internationale BBC World service, tout comme l’Allemagne avec la Deutsche Welle, les Etats Unis avec la voice of América (essentiellement la radio). La radio internationale américaine, principalement orientée sur l’information à opté pour une politique de régionalisation de programmes afin d’étendre son audience. Elle a diversifié ses moyens de diffusion via le câble, le satellite, la FM et récemment sur internet. Les zones privilégiées les plus récentes sont l’Afrique (Maroc, Mali, Burkina-Faso, Niger, Botswana), l’Asie (Thaïlande, Sri-Lanka) avec des projets au proche Orient, en Afrique centrale et orientale, dans l’ex URSS et en Europe centrale.
Ces dernières années, il y a eu aussi l’émergence de radios diffuseurs privés arabes, à fort potentiel en termes de moyens et de stratégie, diffusant à parti de l’Europe. Principalement MBC et Orbite TV.
MBC : Middle Est Broadcasting Center, chaîne, financée par le groupe Saoudien ARA, est diffusé depuis Londres. Elle possède également SARAVISION qui exploite la licence du diffusion en MMDS en Arabie Saoudite. Elle possède un bouquet de chaînes thématiques, cinéma, chaîne de la famille, du divertissement et de l’éducation, et enfin une chaîne information et sport. Cette chaîne en raison de sa puissance, diffuse en direction du moyen Orient, de l’Afrique, de l’Europe, dans les ex blocs de l’Est. En Europe, elle est diffusée via le satellite Eutelsat 2 F1. Par Arabisât, MBC est disponible pour tous les pays du Golfe, toute l’Afrique et le sous-continent Indien. Orbite TV : Crée en 1993, est une propriété du groupe Saoudien El Mawared et émet depuis la banlieue de Rome. Elle diffuse par satellite ses 28 chaînes dans 23 pays arabes et touches un public potentiel de 170 millions de personnes. Il faut noter la création de grandes radios en langues arabes à destination de l’Afrique avec l’appui des pétro-monarchies du golfe. Et de la chaîne de télévision Al-Jazzira, aujourd’hui, un formidable instrument d’intégration dans le monde arabe, et qui constitue un véritable obstacle à la pénétration culturelle et politique des Etats-Unis dans le monde arabe.
La France, notre ancienne puissance coloniale n’est pas restée en marge. Son action s’est inscrite dans perspective de long terme, celle de la diplomatie culturelle. Pour marquer sa présence dans le monde, elle élaborera une architecture institutionnelle qui tiendra compte de la multiplicité des administrations concernées par la mise en œuvre de sa politique audio visuelle et de la diversité des entreprises investies de missions particulières. Quatre opérateurs principaux (RFI, TV5, CFI, SOFIRAD) ont vocation d’émettre à l’intention de publics répartis dans diverse région du monde.
RFI avec environ 600 collaborateurs permanents et un budget de 654,1million FF en 1995, elle fait figure de principale entreprise de l’action audio visuelle extérieure. Au cours des 15 dernières années, elle a modernisé ses activités en suivant trois actes principaux : la mondialisation du service en français, la régionalisation de son antenne, le développement simultané de ses capacités de diffusion en ondes courtes qui permet de s’adresser librement a des publics lointains et d’une politique d’accords pour la reprise locale de ses émissions (FM, Onde moyenne, Câble). En modernisant ses activités, RFI répond au double objectif stratégique : continuer à aspirer une mission de service public d’information à l’égard des français expatriés, diffusé une "lecture française de l’actualité" dans un paysage de plus en plus concurrentiel. TV5, Canal France Internationale, la SOFIRAD ont servi de support et d’instrument pour la politique française. Leurs rôle se sont renforcés et aujourd’hui des partenaires incontournable dans la diffusion et la promotion des films africains particulièrement de l’espace francophone (Fespaco à Ouagadougou Burkina-Faso).
Et quelle place pour le continent Africain dans un monde de plus en plus marqué par la libéralisation de l’économie, l’essor de l’économie de marché et la privatisation des entreprises de communication ?
Pourquoi l’Afrique qui est abreuvée par tant d’images provenant de l’Occident est ignorée en retour ? Pourquoi ce fossé numérique ? L’Afrique à tenté de répondre à ces questions et d’y apporté des solutions.
Des expériences nouvelles avaient émergées, telles que la PANA ( l’agence panafricaine d’information). Mais le développement de la crise économique et l’absence d’une politique cohérente ont fini d’achever ce rêve. La PANA fut crée le 7 avril 1979 par les Chefs d’Etat au sommet de l’OUA à Addis Abeba et visait à rééquilibrer le rapport de force Nord-Sud sur le flux de l’information qui circule dans les deux sens et donc à constituer la réponse africaine au défi de la bataille de l’information conformément au concept du " Nouvel ordre mondial de l’information" défendu par l’Unesco. Mais la première dépêche ne datera que de 1983 et l’expérience fut brève parceque la PANA devait être alimentée par les dépêches des agences nationales regroupées en 5 pools régionaux ( Khartoum, Kinshasa, Lagos, et Tripoli).Eu égard à la situation des médias de service public par rapport aux gouvernants du continent, l’expérience ne pouvait qu’être un échec. Des problèmes financiers vont s’accumuler, puis ensuite des problèmes de gestion. Les États membres de la Pana ne s’acquittent pas de leurs cotisations. En 1992, le montant des arriérés s’élevait à 18 millions de dollars US. Les journalistes n’étaient plus rémunérés, les lignes de téléphone coupées. L’Unesco, principal bailleur de fond commandita en 1992 un audit financier qui révéla des abus de gestion. Il y’a aussi des problèmes politiques : LES États ont d’autres priorités que l’information qui ne relève pas de leur sphère d’action et de souveraineté. Il y’a aussi l’Urtna ( l’Union des Radios et télévisions libres d’Afriques). Elle est victime des mêmes problèmes que la Pana. Ensuite l’Urtna n’est qu’un centre d’échange des programmes africains. De cet fait elle pourrait difficilement résoudre le problème des télévisions d’Afrique en matière d’informations transcontinentales. Aujourd’hui les publics africains doivent se voir sur leurs écrans. Ainsi nous réussiront à contrebalancer les images venues d’ailleurs .
D’autres alternatives sont nées, des journaux comme Jeune Afrique, Afrique Asie qui ont nourri l’ambition de marquer notre présence en occident
Aujourd’hui avec l’uniformisation rapide de la culture planétaire, les firmes transnationales occidentales ont maintenant accès à tous les pays du monde. Dans leur sillage, la mode, la musique, les chaînes télévisées et les films occidentaux supplantent les médias locaux, sapent les cultures locales traditionnelles, pervertissent les goûts et accélèrent la standardisation des marchés dans le cadre conceptuel occidental.
Avec une telle situation de déséquilibre, les médias occidentaux jouent très souvent à la partialité et à la manipulation, faisant l’impasse sur les causes essentielles de certains conflits qui déchirent l’Afrique. L’exemple le plus illustratif de cette situation est le Zimbabwe.
Le drame dans lequel se trouve plongé le Zimbabwé est à première vue étrange, incroyable. Cette ancienne colonie britannique, ancienne Rhodésie, possédait au moment de son accession à l’indépendance en 1980 des richesses et des compétences comme il n’en existait nulle part ailleurs en Afrique. Doté d’immenses potentialités agricoles, hydroélectriques et minières (or, chrome, amiante, platine , riches gisements de houille) mais aussi d’un cadre naturel paradisiaque, très attractif pour les touristes étrangers, le Zimbabwé était incontestablement, le"grenier" de l’Afrique Australe et le bijou de tout le continent africain. Une économie capitaliste s’y était facilement développée et avait prospéré sur le terreau de l’exploitation/spoliation des populations noires par les colons blancs.
Durant toute la première décennie de l’Indépendance tout marchait à merveille aussi bien dans le domaine de l’économie que dans le secteur de l’éducation et de la santé.
Robert Gabriel Mugabé leader de la lutte armée de libération (1970-1980) père de la nouvelle nation et ses compagnons ont mis en œuvre au cours de cette période une politique sociale remarquable : Construction de routes dans les zones rurales, réalisations d’infrastructures et d’équipements assurant aux populations l’accès à l’eau et à l’électricité, multiplication des écoles et des structures de santé de base. Le pays avait atteint un taux d’alphabétisation de 91%. L’enseignement était gratuit à l’école et à l’université. Parcequ’il avait engagé une forte politique de réconciliation raciale et tissé de bonnes relations avec la minorité blanche, le régime de Mugabé reçut à l’époque les éloges de la communauté internationale ( Europe Occidentale, Amérique du Nord) qui ferma d’ailleurs les yeux et fit un silence sur les ravages de la guerre civile post-indépendance qui déchira le pays ( répression sanglante de la révolte dans le Matabeleland au pays N’debele causant plus de 10000 morts)
Cité partout en exemple, le Zimbabwé était promis à un bel avenir. Fort malheureusement, une douzaine d’années après cette phase d’évolution porteuse d’espoir la situation a changé et le pays s’est enfoncé dans une crise économique, sociale et politique aiguë. Le taux de croissance a connu une chute vertigineuse (passant de 5% à 1%), éffrondrement de la production vivrière, fin de l’auto suffisance alimentaire et émeute de la faim qui touche plus d’un demi million de personnes, baisse des recettes en devise engrangées par les cultures de rente, triplement du prix des denrées du premier nécessité et des services de base (farine, frais de scolarité et de soins médicaux) taux d’infraction autour de 140% avec un taux d’échange parèlle 30 fois moins élevées que le cours officiel du dollar Zimbabwéen, chômage endémique, passage des Zimbabwéens sous le seuil de pauvreté fixé à 1dollars par jours, déchaînement de la violence contre les riches fermiers blancs (Zimbabwéen ou européen) et les fermiers noirs aisés, marginalisation et répression de l’opposition politique. Ce tableau sombre a suscité un grand émoi en afrique et au sein de la communauté internationale. Les milieux d’affaires occidentaux, soutenu par les médias, expriment bruyamment leur indignation et leur colère, décriant dans une hystérique collective le pouvoir en place à Hararé. Le plus saisissant, c’est que tous accusent un seul homme : Robert Mugabé. Tous stigmatisent "les pratiques démoniaques", "inhumaine" et "antidémocratique" de ce libérateur qui se serait subitement transformé en son oppresseur, lui imposant son régime despotique. Alors, qu’est ce qui lui prend ? Et que se passe - t’il en réalité dans ce pays jadis merveilleux ?. Dans les médias occidentaux, la cause de la délivre Zimbabwéenne est à rechercher dans la personnalité intrinsèque de son président qui n’aurait jamais été qu’un "petit homme sans envergure", "un faible", incapable d’empêcher la naissance et le développement, au mépris des loi de la république, d’une camarilla de pontes corrompus et sans vergogne. Certains médias notamment grande Bretagne mettent en avant son marxisme "primitif", "impénitent", s’appuyant sur une rhétorique anti blanche son manque de pondération et d’ouverture d’esprit , sa mégalomanie. Ils soutiennent que lorsque Nelson Mandela s’est imposé sur la scène internationale comme homme d’Etat et est devenu la coqueluche des médias, Mugabé a piqué une crise de jalousie et pour rivaliser avec le grand homme sud-africain, il a utilisé perfidement la question de la terre, sujet de rancœur dans les couches populaires en Afrique Australe.
D’autres enfin, stigmatisent sa soif inextinguible du pouvoir, son rêve obsessionnel de devenir Président à vie et d’imposer à son peuple, son pouvoir personnel. Il est assurément inutile de mettre en évidence le caractère superficiel et réducteur de ce genre de jugements voire de simples allégations. Certains médias occidentaux instrumentalisés par les cercles de pouvoir, et les lobby financiers, occultent les faits et les causes de la situation au Zimbabwe.
Pour financer sa politique de développement social, le gouvernement de Mugabé vivement encouragé par toute la communauté internationale avait sollicité l’aide publique au développement et copieusement emprunté sans retenue sur le marché des capitaux. En 1989, la dette extérieure du pays s’élevait à 2,6 milliards de dollars US. Deux ans plus tard, il souscriva à la politique d’ajustement structurel afin d’attirer de nouveaux investissements générateurs d’emplois pour les jeunes arrivés sur le marché du travail .
Ici comme ailleurs, l’exigence de ces bailleurs est l’accord des institutions financières internationales comme le FMI et la Banque Mondiale. Celles-ci proposèrent une panoplie de mesures drastiques comme la dérégulation de l’économie, la privatisation des entreprises publiques et la compression de leurs personnels, le dégraissage de la fonction publique, l’abolition de la gratuité des soins de santé et de l’accès à l’enseignement, la libéralisation du commerce et l’ouverture des pans entiers de l’économie.
Ici comme ailleurs, les conséquences ne se firent pas attendre : destruction du tissu économique, chômage massif, effondrement général des services, misère, famine, mécontentement et révolte des couches populaires. L’ouverture des frontières porta un coup fatal au secteur agricole et provoqua un déclin rapide du secteur manufacturier désormais soumis à la rude concurrence des sud-africains. Et comme toujours en pareil cas, les investissements escomptés furent défaut, car dépendant du pouvoir discrétionnaire des bailleurs de fond. La nouvelle politique économique adoptée se révéla ainsi incapable d’absorber les 300.000jeunes qui arrivaient chaque année sur le marché de l’emploi. Des dizaines de milliers prirent le chemin de l’exil vers l’Afrique du Sud ou le Royaume Uni ou alors, allèrent grossir les rangs des mécontents. Les vétérans de la guerre de libération( 50.000 anciens combattants ) déclenchèrent de violents mouvements pour reprendre les terres confisquées un siècle plus tôt par les colons blancs et pouvoir manger à leur faim. Pour désamorcer la crise sociale, avec ses revendications multiformes( revendications des syndicats, grogne dans ses propres rangs, attaques de l’opposition politique), juguler la famine et relancer l’économie par des moyens alternatifs, l’équipe de Mugabé prit trois types de mesures :
Octroi d’une allocation extrabudgétaire aux vétérans de la lutte de libération
Accentuation de la reforme agraire
Intervention militaire en République Démocratique du Congo, à la fois pour défendre l’intégrité territoriale de cet Etat envahi par le Rwanda et l’Ouganda trouver un espace de coopération Sud-Sud, un débouché pour les industries et le savoir faire minier du Zimbabwe.
S’agissant de la reforme agraire, principal sujet de courroux de la communauté internationale, une mise au point s’impose : Lors des accords de Lancaster House qui ont consacré l’indépendance de ce pays, les puissances occidentales ( Royaume-Uni, USA ) avaient imposé des clauses prévoyant un moratoire de dix ans et le dédommagement des fermiers ( colons blancs) devant être expropriés. En contrepartie, elles s’étaient engagées à alimenter un fonds de compensation. Mais ni le gouvernement de Mme Tatcher, ni celui de Reegan n’a honoré ses engagements, au motif que le régime de Mugabé , de manière non transparente distribuait les terres à ses amis politiques et non aux agriculteurs noirs les plus qualifiés : Retour du vieil argument colonialiste et raciste selon lequel " C’est moi le bon démocrate civilisé qui décidera du type de gouvernance qu’il faut à ton pays ".
Cet acte de parjure créera une situation inique dont les conséquences aujourd’hui sont terribles pour le pays. Les nombreuses réformes économiques ne marchent pas, la crise politique s’aggrave et des affrontements risquent de se produire avec des conséquences incalculables. Attaqué à l’intérieur ( par l’action combinée des forces politiques et syndicales) totalement financées par les milieux les plus réactionnaires en Grande-Bretagne et aux USA, soumis à un embargo diplomatique de l’Union Européenne, et à une suspension du Commonwealth, le régime au Zimbabwe développe un réflexe de survie .
La question fondamentale et essentielle est éludée : la redistribution de la terre . 74.000 familles noires autochtones doivent être installées sur 8,3 millions d’hectares de terre commerciales appartenant encore à des fermiers blancs au nombre de 46.000. L’injustice foncière demeure réelle et criarde 70% des terres fertiles appartiennent toujours à la minorité blanche .
Malheureusement la campagne médiatique déclenchée depuis l’occident et soutenue par des ONG et des Fondations peu fréquentables risque de plonger le pays dans une guerre civile. De toute évidence , les objectifs poursuivis par certains pays occidentaux sont de trois ordres : Préserver les intérêts de la minorité de fermiers blancs, isoler et balayer l’équipe au pouvoir afin de mettre un coup d’arrêt à la démocratisation de l’économie nationale , décourager toute ambition de gestion nationale souveraine, ou même simplement autonome, faire planer la menace d’évincement sur la tête des autres pouvoirs de l’Afrique Australe issus de la lutte de libération nationale afin de prévenir tout veilleité de reappropriation par les acteurs nationaux des mécanismes des économies de leur pays. Dans les pays voisins, les équipes au pouvoir redoutent à la fois l’affaiblissement des économies de la région ( dont le Zimbabwe était l’un des moteurs ) et l’offensive néoliberale . Cette attitude les amène à refuser la voie " voie révolutionnaire" prise par Mugabé dans la reforme agraire et à préconiser "une solution négociée ", c’est à dire une remise en cause progressive lente et contrôlée de l’iniquité de la répartition des terres. En même temps, elles n’osent pas dénoncer, condamner ouvertement ou combattre de front le régime de Mugabé, par crainte de s’aliener tout soutien populaire dans les campagnes et d’y favoriser la contagion de la révolution agraire en suicidant la colère chez des millions de paysans sans terre. L’exemple Zimbabwéen fait rêver, en effet les petits cultivateurs noirs autochtones en Namibie, parexemple où 4000 fermiers blancs dominent toujours le secteur commercial et surtout en Afrique du Sud, pays dont les 2/3 sont toujours détenus par 60.000 fermiers blancs tandis que 14 millions de petits paysans noirs sont sans terre ou marginalisés.
De l’attitude de ces dirigeants, il résulte parfois des comportements très contradictoires et souvent très embrassants. Le Président sud-africain Tabo M’Beki en offre la plus parfaite illustration. Sous la pression des Britanniques ( qui ont mis en balance le NEPAD ) il dût, avec le Président Olesegun Obasanjo approuver la suspension du Zimbabwe( pour 1 an) du Commonwealth. Cependant sans sourciller, il s’est ensuite allié aux autres Chefs d’Etat de la SADC (communauté de développement de l’Afrique Australe) pour reconnaître la légitimité du pouvoir de Mugabé à l’issue des élections générales de mars 2002, les qualifiant de "libres et démocratiques ", tout en recommandant la reconciliation et la formation d’un Gouvernement d’union nationale !
Que dire alors de cette vaste campagne de presse ? De ces appels de dirigeants occidentaux au renversement du régime de Mugabé ?
Pour beaucoup de citoyens occidentaux, éloignés de la réalité, c’est la dictature "marxisante" antiblanche de Mugabé qui a conduit le pays à la ruine. Or, la question cruciale de la dépendance économique et par voie de fait politique, celle du libéralisme sauvage et surtout de la prise de conscience encore confuse, mais grandissante par les peuples, de la nécessité de s’approprier leur destin est posé. Sinon comment les médias et certains dirigeants occidentaux s’obsèdent-ils de la dictature de Mugabé, alors que nos peuples savent que d’autres régimes plus répressifs et moins légitimes bénéficient d’une grande tolérance et se voient défiler le tapis rouge lorsqu’ils viennent en Europe ou aux États-Unis ? Ces peuples se souviennent de la tolérance et de la bénédiction dont bénéficièrent, autant que cela a été possible, les régimes ségrégationnistes de Ian Smith. Ils savent que les élections au Zimbabwé ne sont ni plus douteuses ni plus contestables qu’au Rwanda, au Congo- Brazzaville à Madagascar, en Zambie, au Mali, en Côte-d’Ivoire ou partout ailleurs dans cette Afrique des démocraties banannières, imposées de l’extérieur. Ils sont bien placés ( parcequ’ils les subissent) pour apprécier les caractéristiques communes des opérations électorales dans nos pays : irrégularités, manque de transparence et d’honnêteté, tricherie, manipulation des chiffres, achat des consciences, répression etc... Parexemple, pour ce qui concerne le Rwanda , Paul Kagamé autocrate et bourreau pour ses opposants, réels ou imaginaires , a été reconduit à la tête de son pays, avec le soutien actif de la communauté internationale qui a convaincu un candidat-faire valoir( ancien Président exilé après avoir échappé à une tentative d’assassinat) pour l’accompagner dans une mascarade électorale( il a obtenu sans aucune surprise 95%). Quand au second pays, il ne leur a pas échappé ce fait scandaleux que Denis Sassou N’Guessou a été réélu sans aucun adversaire le 13 mars 2002. Et pourtant la légitimité de son pouvoir ( il avait d’ailleurs auparavant, par un coup de force, renversé le régime legalement constitué de Pascal Lissouba) a été reconnu sans mauvaise conscience par la communauté internationale.
L’enseignement essentiel à tirer du cas Zimbabwéen, est que le principe de la redistribution des terres et des richesses, de la démocratie sociale est irréversible et inéluctable en Afrique Australe. Les médias qui veulent ramer à contre-courant de cette réalité historique, créeront d’inutiles hystéries parceque vouées à l’échec. Leurs soutiens aux gouvernements occidentaux visent à légitimer ces pratiques d’ingérence, qui constituent une véritable offense à la sensibilité et à l’intelligence des peuples africains.
Aujourd’hui, une certitude s’impose : Tant que durerons les effets pervers du libéralisme sauvage, les peuples ne manqueront pas de se mobiliser pour assurer leur survie, défendre leurs intérêts. Tant que prévaudra la logique du profit du capital financier international à l’échelle de la planète, profit toujours croissant, profit à tout prix, le " cas Zimbabwéen" se reproduira un peu partout dans les pays dominés.
Dans un monde de plus en plus dominé par le capital financier international, une convergence d’idées et d’expériences nous permettra de réfléchir ensemble sur un sujet aussi important que l’absence de l’Afrique sur les médias. La mondialisation peut-être un moyen de coordonner les mobilisations citoyennes du Nord et du Sud grâce à l’internet. Les luttes démocratiques qui s’amplifient sur le continent africain permettront d’ouvrir de nouvelles alternatives pour la création d’une presse continentale traduisant nos plus nobles aspirations. Il y’a des réseaux de soutien et d’entraide entre des pays qui partagent la même aire géographique, pour le renforcement et l’élargissement des espaces de liberté. Ces réseaux de soutien constituent de nos jours en Afrique de véritables laboratoires d’idées où de nouvelles expériences sont portées à la connaissance des citoyens. Il y’a aussi l’émergence des radios libres, des associations professionnelles de presse qui travaillent avec beaucoup d’enthousiasme malgré des moyens modestes et qui montrent les images de cette Afrique nouvelle qui se bat pour la démocratie, l’eau, le pain.