La Radio Libre Kayira

En attendant l’arrêt de la Cour Constitutionnelle

mercredi 9 mai 2007

L’opinion nationale a le regard tourné vers la Cour Constitutionnelle où les candidats regroupés au sein du FDR (Front pour la démocratie et la République) ont déposé plus de 1000 requêtes en annulation du scrutin présidentiel du 29 avril dernier.

Leurs arguments se fondent sur un certain nombre de preuves accumulées par constat d’huissier qui démontrent à leurs yeux que les élections présidentielles n’ont été ni transparentes, ni régulières, ni crédibles, malgré les sorties ubuesques des observateurs nationaux et internationaux qui ont vite donné leur onction à la « victoire » du candidat Amadou Toumani Touré.

Avant de s’engager dans l’option judiciaire, les dirigeants du FDR avaient riposté politiquement à cette victoire planifiée qui ôte toute crédibilité à notre démocratie et avaient publiquement déclaré qu’ils ne reconnaîtraient pas ATT comme Président de la République, car, sa victoire serait le résultat d’une fraude massive savamment orchestrée au sommet de l’Etat et activement mise en œuvre par d’habiles soutiens tapis dans les rouages administratifs et militaires du pays.

Comme en 1997 et en 2002, les contestations post-électorales ont été très vives et porteuses de dangers pour la crédibilité de nos institutions. Elles donnent lieu à des empoignades si rudes que l’opinion nationale, longtemps flouée, par les promesses de changement des acteurs politiques, se contente d’être un spectateur passif et médusé.

Ce qui a mis le feux aux poudres aux lendemains d’un scrutin sans caution populaire et légitime, c’est incontestablement l’A.D.P (L’Alliance pour la Démocratie et le Progrès). Les deux grenadiers de services que sont Maître Mountaga Tall et Choguel Kokalla Maïga ont fait preuve d’un « triomphe » moqueur et insultant, faisant feux de tout bois, tirant sans sommation sur leurs adversaires du FDR qu’ils considèrent comme des « mauvais perdants », des « dirigeants humiliés » dans leurs fiefs présumés comme en atteste le score soviétique de leur adversaire sortant.

Poussant leur excès de zèle, ils ont jeté de l’huile sur le feu, amenant le FDR à radicaliser sa position et à choisir la stratégie de la confrontation particulièrement préjudiciable pour le pays.

La sortie de ces deux dirigeants devenus subitement pro- ATT et qui n’ont pas eu le courage politique de se soumettre au suffrage des maliens, traduit toute la complexité du jeu politique.

En 2002, alors membres de Espoir 2002, ces deux dirigeants étaient les tenants de la ligne de fermeté et du rejet des résultats du scrutin qui donnait Amadou Toumani Touré vainqueur en lieu et place d’Ibrahim Boubacar Kéita.

On n’a parlé alors d’une victoire par procuration pour AT, lequel avait mis la pédale douce en jouant à la carte du rassemblement et du consensus pour gérer le pouvoir. Avec, certes, les limites d’un tel choix mais aussi des avantages, car il a crée les conditions d’une relative stabilité dans le pays.

Au-delà de cette crise, il y’a urgence à revoir de fond en comble la loi électorale et tout le dispositif opérationnel qui l’accompagne, pour rendre les scrutins plus justes, crédibles, démocratiques et libres et permettre aux maliens de sentir l’importance du vote, et du pouvoir dont ils disposent pour amener les changements tant souhaités.

C’est cela aujourd’hui la vraie bataille que la classe politique doit engager pour éviter les crises électorales cycliques mortelles à long terme pour le développement de nos institutions.

Et quelque soit le verdict de la Cour Constitutionnelle, si une gestion politique n’est pas faite de la loi électorale, elle ne fera que remettre à plus tard les confrontations et les contestations et ajournera toute perspective politique de refondation de notre système démocratique qui porte déjà les symptômes d’une maladie dangereuse.

La rédaction


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