mercredi 4 avril 2007
Le Président de la République, désormais candidat à l’élection présidentielle du 29 avril prochain a profité d’une de ses nombreuses sorties (qui se sont décuplées ces derniers temps) pour demander l’impartialité des medias au cours de cette élection de 2007.
Sans se départir de sa posture de Chef de l’État plutôt préoccupé à inaugurer jusqu’au dernier symbole se rattachant à son mandat, Amadou Toumani Touré vient de confirmer aux yeux des maliens la nature particulièrement inique des medias d’État qu’il a transformé durant les cinq ans de son mandat en caisse de résonance au service de sa grande famille politique.
L’aveu est si fort que le Président de la République a manqué d’élégance en ne soulignant pas sa part personnelle dans cette dérive qui a créé un sentiment de frustration et d’amertume chez tous les maliens soucieux de l’avenir démocratique du pays.
ATT admet que maintenant après avoir battu campagne tambour battant pendant cinq ans, les candidats à l’élection présidentielle doivent être traités sur le même pied d’egalité que lui !
Et poussant sa prêche, il donne quelques conseils aux medias qui doivent être pédagogiques et jouer un rôle de sensibilisation de l’opinion publique afin que les élections se déroulent dans la paix et la sérénité !
Cette sortie tardive du Président candidat cache très mal son appréhension et sa crainte devant tant de colères contenues sur la monopolisation des medias d’État, sur la violation répétée du code électoral et sur les multiples entraves qu’il a faites à la liberté d’expression.
Il n’est un secret pour personne que le Président de la République fait des medias d’État sa chasse – gardée au point que même les plus petites manifestations publiques doivent avoir sa bénédiction pour être diffusées !
Tous les jours, ses cercles d’amis et sympathisants, la Fondation pour l’Enfance se ruent à la télévision et à la radio nationale pour matraquer la conscience de notre peuple.
La Sécurité d’État (renseignements généraux) noyaute les medias d’État et depuis quelques temps une cellule est à pied d’œuvre à l’Office de Radio Diffusion Télévision du Mali (ORTM) pour soigner l’image du Président créant un sentiment de révolte chez les journalistes qui doivent être aux ordres ou contraints de vivre les affres du chômage.
Comment dans ces conditions ATT pourra t-il gérer les conséquences d’un tel choix politique qui a largement discrédité les institutions démocratiques ?
Comment pourra- t-il convaincre les maliens de sa sincérité et de sa volonté d’instaurer un code électoral ou la compétition politique sera le maître mot ?
Poura-til mener des reformes en profondeur pour transformer véritablement le statut de l’ORTM afin quelle devienne un instrument de promotion de la démocratie ?
Voila autant de questions qui démontrent l’urgence de solutions politiques appropriées afin d’eviter la violence et les affrontements inutiles porteurs de péril pour l’État.
L’inactivisme du Conseil Supérieur de la Communication, du Comité de l’Égal Accès aux Medias d’État, la propension démesurée des cadres de l’administration à servir sans retenue les princes du jour, ont ruiné le capital confiance que notre processus démocratique avait commencé à batir à partir de 2002, date de l’arrivée de ATT au pouvoir.
Si depuis 15 ans, les acteurs politiques maliens restent au stade de la bataille pour la libre expression démocratique (à travers l’exercice élémentaire du droit à la différence) alors, il y a lieu de s’interroger sur notre avenir.
C’est pourquoi, cette élection du 29 avril sera un test pour notre démocratie.
Si l’accès égal aux medias d’État ne devient pas une réalité tangible et se transforme en un banal exercice de routine, il est fort à craindre que les débats de rues et la poussée des barricades s’invitent dans les prochains mois.
La Rédaction