La Radio Libre Kayira

L’Afrique du Sud au Fespaco

jeudi 1er mars 2007

Présent au Fespaco depuis quelques années, le cinéma sud-africain s’impose d’année en année sur le continent africain, grâce à la fabuleuse moisson de récompenses obtenues à travers les festivals internationaux, avec en point d’orgue l’oscar 2006 du meilleur film étranger décerné à « Mon nom est Tsotsi » du réalisateur Gavin Hood. De nombreuses récompenses ont été décernées au réalisateur Ramadan Sulaiman « Zulu love letter », à Darel Root dans son œuvre « Yesterday » à Mark Dornford-May avec « U Carmen » qui a crevé l’écran au Festival de Berlin en 2005, ou encore l’étalon du Yanenga, la prestigieuse distinction africaine, décernée la même année à Zola Maseko avec son chef-d’œuvre « Drum ».

L’Afrique du Sud possède depuis de nombreuses années, une industrie audio-visuelle de qualité. Un marché florissant de la publicité et une gamme très riche de service, offrant une base technique et logistique sans commune mesure avec le reste de l’Afrique. L’acte décisif de ce changement intervenu après les années noires de l’apartheid, a été posé en 1997 avec la création de la Fondation nationale du film et de la vidéo destinée à encourager la production nationale en aidant notamment les artistes défavorisés. Les investisseurs publics et privés ont afflué et leur apport a permis de constituer un budget de plus de 3 millions d’Euros.

Ensuite, un système d’aide au financement des films s’est mis en place avec pour objectif d’encourager à travers des rabais fiscaux du Département du Commerce et de l’industrie qui s’élève à plus de 27 millions d’euros, les créateurs sud-africains. Un autre élément permet d’étoffer ce dispositif : il s’agit de l’apport du code des impôts qui vient s’ajouter aux faveurs qu’accorde l’Etat sud-africain. En outre, la puissance grandissante des Chaînes de télévision et l’énorme fonds qui provient de l’Industrial development corporation, institution paraétatique de soutien qui a investi depuis 2001 environ 61 millions d’euros, a permis à l’industrie locale du cinéma d’atteindre le cap record en 2004 de 10 films produits sans compter les innombrables coproductions issues des nombreux traités signés avec la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-Unis ou l’Italie.

Cependant, des problèmes de distribution et l’absence du public sont une réalité. Trois grandes compagnies contrôlent le circuit de distribution, mais leur inféodation aux grands studios américains, risque de porter un sérieux coup à cette politique cinématographique qui ambitionne de rapprocher d’avantage le cinéma des populations et d’éviter qu’il ne soit l’affaire de la seule bourgeoisie blanche, concentrée dans les immenses centres commerciaux de Johannesburg, Durban, ou du Cap.

Dépassant l’image d’Epinal du « Géant au pied d’argile », l’Afrique du Sud mène une diplomatie active tous azimut sur le continent africain, afin de jouer le rôle de météorite à travers sa spectaculaire irruption cinématographique, comparable à la vague australienne des années 70. Un défi qu’il veut relever pour devenir enfin le « géant au pied d’acier ».

Envoyé spécial Nouhoum Keita


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